LE BURN-OUT

Dr Armande Coëffic

Le Burnout « un traumatisme »

 

Bien que le terme « Burnout » ait été utilisé pour la première fois en 1969, puis repris en 1974 par Herbert Freudenberger pour en 1976 être désigné par Christina Maslach comme : « Un stress particulier lié au travail ou un épuisement professionnel », il ne figure toujours pas dans les classifications internationales (DSM ou autres), qui permettraient aux médecins de le diagnostiquer grâce à des critères précis.

 

Ce « Burnout » était décrit de la façon suivante par Herbert Freudenberger:

« En tant que psychanalyste et praticien, je me suis rendu compte que les gens sont parfois victimes d’incendie, tout comme les immeubles. Sous la tension produite par la vie dans notre monde complexe leurs ressources internes en viennent à se consumer comme sous l’action des flammes, ne laissant qu’un vide immense à l’intérieur, même si l’enveloppe externe semble plus ou moins intacte. »

 

Burnout signifie « s’user, s’épuiser, craquer en raison de demandes excessives, d’énergie, de forces ou de ressources ». 

On peut noter que les descriptions cliniques qui en ont été faites concernaient des observations, des entretiens ou des expériences personnelles. A noter que les médecins sont fréquemment concernés personnellement par le burn out ce qui peut expliquer la difficulté de reconnaissance médicale à l’heure actuelle.

 

Toutefois, il existe un grand nombre de définitions du burn out, les plus sérieuses en arrivent à un consensus sur les éléments suivants:

  • Le burn out est une réponse au stress émotionnel chronique. 

  • Un état d’épuisement émotionnel, psychique et finalement physique, causé par l’implication à long terme dans des situations qui sont exigeantes émotionnellement.

Il frappe des individus « normaux » ce qui exclut la causalité d’un passé psychopathologique. 

Notons que le premier à avoir décrit une relation de stress dans le cadre du travail a été Hans Selye  en 1936. C’est également celui qui a décrit toute la pathologie liée au stress. 

Le burnout n’est donc ni un état dépressif ni une maladie psychique.

. Il peut donc être examiné comme un traumatisme

 

Description biologique :

Sur le plan biologique, le stress chronique est l’effet d’une exposition prolongée et répétée aux hormones du stress, notamment le cortisol et l’adrénaline. Il entraîne des maladies cardiovasculaires, l’ HTA (Hyper Tension Artérielle) entre autre, ainsi qu’une élévation du taux de cholestérol et un risque de diabète de type II. 

 

En ce qui concerne les manifestations du burn out, de nombreuses observations cliniques ont été faites. Elles n’ont pas encore abouti à un tableau qui serait valable dans toutes ses formes. 

Nous ne retiendrons donc que les symptômes les plus typiques:

  • Le sentiment de fatigue intense, d’épuisement, la sensation d’être « vidé ».

  • Des troubles du sommeil et une grande fatigue au réveil.

  • Cette fatigue ne disparaît pas au repos, ni après des vacances, elle s’installe de façon chronique.

  • Une chute de l’estime de soi. 

  • Un état de tristesse, de désespoir et d’anxiété.

  • Une comorbidité somatique (douleurs abdominales, dorsales, troubles digestifs avec mauvaise hygiène de vie, réductions  des défenses immunitaires, affections rhinopharyngées voire des affections plus graves).

 

Sur ce fond de stress chronique et en raison de la violence qui repose sur une personne en situation d’épuisement émotionnel, il devient très fréquent qu’une situation déclenchant un stress aigu entraîne finalement avec le burn out, un état de stress post traumatique.

  • L’état de stress post traumatique survient suite un à stress extrême (être menacé de façon plus ou moins explicite de perdre son emploi ou d’être disqualifié publiquement).

 

Une menace de ce genre constitue pour la personne une sorte de mort sociale  ce qui est  très destructeur sur le plan identitaire :

  • En effet, lors d’un état de stress extrême, les amygdales cérébrales, qui contrôlent les réponses émotionnelles et la mémoire émotionnelle, vont déclencher une production , permettant d’apporter à notre organisme les ressources en énergie nécessaires pour répondre au danger dans l’affrontement ou la fuite.

  • Dans ce cas, le cortex et les hippocampes sont dans l’incapacité de moduler ou d’éteindre les amygdales enflammées. En situation normale, c’est leurs rôles habituels.

 

Seulement, , dans cette situation de stress extrême, sans échappatoire possible avec une impuissance totale face à la situation qui fait s’effondrer toutes les certitudes acquises,  le cortex et les hippocampes sont dans l’incapacité de se représenter l’événement, de l’intégrer ainsi que le relier à des connaissances ou des repères acquis.

 

La réponse émotionnelle reste maximale ce qui soumet l’organisme à des taux d’adrénaline et de cortisol toxiques (toxicité cardiaque et vasculaire pour l’adrénaline, toxicité neurologique pour le cortisol.)

Il s’agit donc d’un véritable survoltage, une surtension neuronale, un risque de mort imminente.

 

Ce qui ouvre une voie de secours exceptionnelle, permettant de faire disjoncter le circuit limbique et donc de déconnecter les amygdales et ainsi d’éteindre la réponse émotionnelle. Cette déconnection opère, grâce à la sécrétion par le cerveau de drogues dissociantes endorphines et drogues « kétamine like ».

 

 

  • Les amygdales sont donc éteintes et débranchées des hippocampes. La mémoire émotionnelle intégrée et non traitée reste piégée dans une mémoire traumatique.

  • Les amygdales sont aussi séparées du cortex qui ne reçoit plus d’information émotionnelle.

  • La réaction finale est que les stimuli traumatiques vont être traités sans connotation émotionnelle et sans souffrance physique. Ce qui donne à la personne une impression d’étrangeté de dépersonnalisation. Elle se sent spectatrice des évènements. Ces drogues « kétamine like » entraînent de plus, des sensations de transformations corporelles et de distorsion spatio-temporelles. C’est ce que l’on appelle la dissociation péri traumatique.

 

La mémoire traumatique a ceci de particulier :

  • Elle est sensible au moindre indice rappelant la situation de stress extrême ou du moins ce qui l’a constituée

  • Elle ramène à l’identique la souffrance vécue lors du traumatisme.

Par la suite, la personne adopte des conduites de contrôle et d’évitement (par exemple ne plus pouvoir se rendre sur son ancien lieu de travail ou même de ne plus pouvoir effectuer le trajet qu’elle faisait auparavant pour se rendre à son travail.)

Lorsque ces conduites ne suffisent plus pour éviter le déclenchement de la mémoire traumatique, des conduites d’auto traitement dissociantes seront adoptées. Notamment,  déclencher à nouveau la disjonction du circuit émotionnel, en augmentant le niveau de stress pour recréer un niveau de survoltage suffisant. Cette disjonction permet de retrouver l’anesthésie affective et physique mais aggrave la mémoire traumatique et la dépendance aux drogues dissociantes.

 

Conclusion :

 

Le burn out a d’abord été identifié dans des activités professionnelles impliquant un engagement relationnel important comme les travailleurs sociaux, les professions médicales et les enseignants. Puis le burnout s’est étendu dans tous les secteurs.

Les connaissances actuelles nous obligent à reconnaître que le risque de manifestation d’un burn out, peut s’étendre à l’ensemble des individus au travail comme dans la vie, quelle que soit leur activité.

 

Remarquons à ce propos ce qui a été dit sur les personnes touchées par le burn out:

 

  • « C’est la maladie des personnes qui ne savent pas dire non. »

  • « Peut-on dire que l’ouvrière qui souffre des 27 bouchons qu’elle visse par minute qu’elle y est pour quelque chose? Elle n’a pas la main sur la cadence qui lui est imposée ». 

  • « Peut-on dire au harcelé qui s’effondre à son poste : « pourquoi n’êtes vous pas parti plus tôt? » alors que démissionner lui fait perdre son travail et ses droits sociaux? »

(Extrait d’une consultation « souffrance et travail »)

 

Ces propos, mettant en cause la légitimité de l’individu face à une situation de burnout sont très violent moralement. De plus, la première remarque est totalement fausse,

Dans la genèse du burn out, les connaissances actuelles nous font donc considérer comme déterminant l’impact de l’organisation du travail et de la vie sur le fonctionnement psychique de l’être humain.

 

Nous devons prendre en compte l’impasse que constitue l’impossibilité de démissionner d’un poste sous peine de perdre ses droits sociaux (allocation chômage et sécurité sociale).

De même en ce qui concerne l’impossibilité de répondre aux humiliations, aux remarques, aux critiques sous peine de licenciement pour faute grave.

 

Le travail est toujours identitaire car la personne s’y retrouve avec ses particularités et son histoire. 

Nous pouvons donc comprendre la gravité de ce qui va se jouer sur ce terrain (histoires de domination, de soumission, de servitude.)

 

D’autre part nous pouvons constater que l’hyperactivité  est un rouage essentiel du productivisme. Nous avons donc les éléments essentiels qui vont entretenir le stress émotionnel chronique amenant finalement au burn out.

 

Le burn-out peut être regardé comme une pathologie de civilisation, en rapport notamment avec le culte de la performance et de l'urgence, la concurrence exacerbée ou encore la généralisation des méthodes d’évaluation.

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